International, David GÉRARD (sélectionneur de l’équipe de Roumanie) : « J’ai choisi d’en chier, j’ai choisi ce challenge parce que personne ne le voulait ! »

Invité le cadre de l’émission « Côté ouvert » diffusée sur les antennes des radios RCF en Occitanie , le sélectionneur de l’équipe Nationale de Roumanie David GÉRARD et revenu sur son quotidien aux commandes la sélection Roumaine. En place depuis décembre 2023, la sélection roumaine a déjà décroché son billet pour l’Australie. Retrouvez ce long entretien accordé a quelques jours de la rencontre face à l’Uruguay dernière de la tournée d’Automne pour les Roumains.

Votre tournée d’automne est bien entamée puisque vous avez déjà joué deux rencontres sur les trois qui sont programmées ( Canada ; États-Unis) et samedi prochain c’est l’Uruguay. Quels sont les objectifs quand on est le sélectionneur d’une équipe qui est déjà qualifiée pour la Coupe du Monde 2027 ?

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Depuis février-mars, je n’avais pas eu pratiquement l’intégralité de mon groupe puisque cet été, on est parti, on peut le dire, à poil complètement en Amérique du Sud. Il nous manquait 25 joueurs. Et donc là, enfin, on retrouvait un semblant d’effectif complet avec à peu près 85 % des joueurs . Donc, se remettre à travailler ensemble, essayer de prendre de l’expérience et aussi penser un petit peu au ranking mondial qui reste quand même important, surtout qu’il y a le tirage au sort de la Coupe du Monde au mois de décembre.

Justement, en parlant de ce tirage au sort, comme vous savez que la sélection est déjà qualifiée, vous travaillez dans un certain confort ?

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Alors oui, après, tu sais, un coach en veut toujours plus. Si j’avais pu essayer d’attraper le chapeau 3, je l’aurais fait avec plaisir. La problématique, c’est qu’on a perdu trop de points cet été et qu’il était pratiquement impossible de remonter. Donc, on sera dans le chapeau 4 et on va prendre que des équipes qui, en termes de ranking, seront devant nous. Ça s’annonce très, très costaud.

En parlant de ton effectif,quels sont tes grands pourvoyeurs de joueurs en équipe Nationale ?A ma grande surprise, quand j’ai regardé la liste des joueurs que tu avais retenus pour cette tournée, il y avait plus de Roumains de Roumanie que de Roumains expatriés comme Stéphane, ou carrément de joueurs avec la double nationalité.

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Avant la Roumanie, c’était 80% de joueurs qui venaient de la France et 20% de la Roumanie. Aujourd’hui, c’est l’inverse. On est à 20 qui viennent de France et 80 de Roumanie. J’essaye de faire un gros effort sur justement les joueurs du pays, même si c’est là le plus compliqué, parce qu’ils jouent tous dans un championnat qui est très faible. Je te dirais, c’est un équivalent de Fédérale pour nous, la France, Fédérale 1 peut-être, mais pas plus. Donc, quand ils arrivent au niveau international, c’est très compliqué pour eux.

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Comment se passent tes relations avec les clubs français ou d’autres pays d’ailleurs ? Est-ce que les clubs jouent facilement le jeu pour libérer les joueurs ?

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Je peux te faire une réponse politiquement correcte mais je n’ai pas trop envie. Il y en a certains qui essaient de me prendre pour un con. Sauf qu’ils oublient que je suis français aussi. Ils oublient que j’ai joué aussi en Top 14 et en Pro D2. Donc en fait, la façon de faire, je la connais. Et le truc, c’est qu’il y en a qui sont usants en fait. Usants parce qu’ils ne comprennent pas l’importance pour un joueur de représenter sa nation. Comment un club comme le Castro Olympique, un club de Top 14, qui a des échéances importantes, accepte de libérer Stéphane BURUIANA, alors qu’ils sont absolument tendus au poste de talonneur, et des clubs nationale vont me chier une pendule pour essayer d’avoir un joueur. C’est lunaire. Ils ne comprennent pas le bonheur que ça apporte aux mecs de représenter leur pays. C’est une lutte incessante.

Est-ce que ça explique ton choix de t’appuyer beaucoup sur le groupe en Roumanie, sur des joueurs qui viennent de Roumanie ? C’est surtout que les joueurs qui étaient ici dans les années 70 et 80, ils n’ont pas fait des gosses. Aujourd’hui, il n’y a plus de joueurs [roumains] en France, donc il faut bien aller les chercher quelque part. Stéphane [BURUIANA], il fait partie de, je ne te dirais pas la dernière génération, mais pas loin. Il fait partie de ces jeunes de 20 ans qui ont eu l’opportunité de suivre leur père qui a joué en France. Mais aujourd’hui, il n’y en a plus : en top 14, zéro Roumain, en pro D2, il y en a trois, je crois. Et après, le reste, c’est en Nationale. Et encore, il n’y en a pas beaucoup, il y en a trois ou quatre.

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Qui alors te sert de relai sur le terrain ?

La chance qu’on a c’est le lien humain qui existe entre nous. On s’apprécie tous énormément. Et les mecs, je pense qu’ils nous font confiance. Et on a ce lien particulier qui fait que même si j’ai des joueurs qui n’ont pas trop d’expérience et qui jouent dans un championnat moyen, ils donnent tout pour nous. Si j’ai 3-4 pétés par match, c’est parce que les mecs, ils ont des entraînements et des matchs en club qui ne sont pas adaptés. Mais quand ils viennent en équipe nationale, ils donnent tout ce qu’ils ont. Ils mettent tellement l’accent sur l’engagement physique qu’ils ont oublié la stratégie. Donc c’est un secteur où on doit s’améliorer et trouver des solutions pour le futur.

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Est-ce qu’il y a une intervention du staff de l’équipe nationale dans les clubs ? Y a-t-il une demande de ces clubs-là ?

Bon, attention, les enfants, bouchez-vous les oreilles : ils n’en ont rien à carrer de nous. Rien à foutre ! Ils n’en ont absolument rien à foutre ! Je suis en constante bataille avec eux. J’ai beau faire le tour de Roumanie, aller les voir avec beaucoup de respect, essayer de travailler avec eux, leur dire : « les joueurs, on va leur mettre des GPS, mais il faut qu’ils travaillent beaucoup plus, des extras à la fin des entraînements, aidez-nous ». Tu parles chinois, en fait, ils ne t’écoutent pas. « Oui, oui, coach », tu t’en vas. Et ils font comme ils veulent. Et la réalité, c’est qu’après, ce sont les joueurs qui pâtissent de tout ça.

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Donc en vue de la coupe du Monde (2027), c’est compliqué …

Ce n’est pas évident. Après, j’ai un plan en tête. Tout comme quand j’ai eu l’aventure avec le Portugal, j’avais un plan. Là, j’en ai un. Je ne vais pas en démordre. Je vais essayer de travailler avec les joueurs que j’ai et les pousser dans leurs derniers retranchements. Et en fait, sur l’épiphénomène de la Coupe du Monde, je vais essayer de préparer un groupe mode commando et que sur trois semaines, on donne 200% de ce qu’on peut faire. Mais 200%.

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Mais tu te sens soutenu quand même par la Roumanie , c’est-à-dire les instances roumaines tu prêches un peu dans le vide ?

Tu n’as qu’à regarder le petit sourire en coin de Stéphane quand tu as posé cette question. Il sait que le gouvernement aujourd’hui, le rugby, ce n’est pas leur priorité. On est très loin derrière le foot. Ma Fédé fait ce qu’elle peut avec les moyens qu’elle a et qui sont très faibles. Mais en fait, j’ai choisi d’être là, j’ai choisi d’en chier, j’ai choisi ce challenge parce que personne ne le voulait. World Rugby m’a déconseillé de le prendre la Roumanie. Ils ont tout fait pour que je ne prenne pas la Roumanie. Et en fait, à force de me dire : « c’est impossible de vous qualifier, c’est impossible d’exister, impossible, impossible », ça m’a tellement gonflé que j’ai dit l’impossible on va le rendre possible en fait. Et comme j’aime les challenges, je me suis dit, vas-y et bats-toi. Parce que regarde, à l’arrivée, je rencontre des garçons comme Stéphane, que je n’aurais pas eu l’occasion de rencontrer, et je me sens utile en fait.

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Si tu devais qualifier brièvement Stéphane BURIANA qui t’accompagne, quelles seraient les qualités de ce jeune joueur ?

Stéphane, il est pétri de qualités déjà humainement. C’est un minot fabuleux. Le staff on tient énormément à lui parce que humainement il vaut le coup et après en termes de joueur aujourd’hui il peut faire de grandes choses. Il faut lui laisser du temps, il faut l’accompagner et surtout ne pas oublier que c’est un garçon qui est dans l’affectif et qui marche à la confiance et si jamais il sent qu’il y a une connexion avec son coach il donnera corps et âme pour le coach. Pour nous, il est précieux , c’est quelqu’un de bien. Et c’est un bon joueur en plus. J’espère qu’il sera avec nous jusqu’à la Coupe du Monde et qu’il gagnera sa place pour la Coupe du Monde parce que ça va être compliqué.

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Stefan BURUIANA, crédit photo : https://castres-olympique.com/

Puisque c’est la saison des tournées d’automne, est-ce qu’il y a des choses qui t’inquiètent aujourd’hui dans les chantiers en cours pour le XV de France ?

En fait, ce qui m’a un petit peu déplu, c’est que la France n’a pas adopté la stratégie qu’elle devait adopter. Si tu prends les Fidjiens aujourd’hui, tu dois les jouer devant, des ballons portés, pression en mêlée, du jeu aérien. Ils sont catastrophiques sur ça, les Fidjiens. Si tu les joues, clairement, ils sont meilleurs que toi. Et puis l’axe droit, en fait, c’est un signe de puissance. Et c’est vrai que là, notre puissance, je l’ai vu en alternance, mais on va dire pas assez dominante pour pouvoir te rendre le match facile. Pour l’Afrique du Sud, j’en ai marre qu’on essaie de s’adapter à eux en permanence. En fait, il va falloir un jour qu’on arrête de penser comme ça et de surtout, nous, stratégiquement, mettre une stratégie pour les mettre en difficulté, mais pas forcément que sur l’adaptation. Il va falloir qu’on impose des choses. On n’impose pas et il faut arrêter avec ça.

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Composition du XV de Roumanie pour affronter l’Uruguay le samedi 22 novembre à Bucarest (16h, heure française) :

Titulaires :

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1. Alexandru Savin, 2. Tudor Butnariu , 3. Gheorghe Gajion, 4. Marius Antonescu, 5. Andrei Mahu (C), 6. Cristi Boboc, 7. Nicolaas Immelman, 8. Cristi Chirica, 9. Alin Conache, 10. Hinckely Vaovasa, 11. Tevita Manumua, 12. Jason Tomane, 13. Nicolas Onuțu, 14. Iliesa Tiqe , 15. Ovidiu Neagu.

En renfort :

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16. Robert Irimescu, 17. Vasile Balan, 18. Thomas Crețu, 19. Vlad Neculau, 20. Kemal Altinok, 21. Gabriel Rupanu, 22. Paul Popoaia, 23. Fonovai Tangimana.