Les All Blacks ont servi de révélateur au XV de France et à Matthieu Jalibert, relancé en bleu lors du Championnat des nations dans l’hémisphère sud. Les Bleus ont terminé en tête du groupe Nord, avec deux points de bonus pris face aux Néo-Zélandais, puis deux victoires bonifiées contre les Wallabies et les Brave Blossoms japonais. Fabien Galthié a reconnu une forme de frustration après ce premier bloc.
Jalibert, nouvelle option forte chez les Bleus
C’est l’une des grandes trouvailles de l’été pour le XV de France. Titularisé à l’ouverture contre la Nouvelle-Zélande, Matthieu Jalibert a ensuite enchaîné deux prestations de haut vol à l’arrière. Il a brillé par ses courses tranchantes, ses nombreuses initiatives et un jeu au pied long.
Cette montée en puissance intervient après une profonde remise en question. À la sortie du Tournoi des Six Nations 2025, relégué derrière Thomas Ramos et privé de sensations, Jalibert a décidé de revoir son approche du très haut niveau. Il a choisi la transparence pour enclencher sa mue.
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« Je n’avais même pas la médaille de vainqueur, ça voulait tout dire, disait-il dans les colonnes de L’Équipe. J’en avais marre de porter le maillot bleu et de rentrer chez moi en me disant que je n’avais pas joué mon jeu. Je voulais qu’on voie le vrai Matthieu sur le terrain et m’épanouir pleinement au sein du collectif. Alors, je me suis remis en question par rapport à ce que je pouvais apporter, les points sur lesquels on m’attendait. »
All Blacks, déclic et statut relancé
Face aux All Blacks, Jalibert a confirmé cette évolution entamée en 2025. Longtemps perçu comme un soliste génial mais parfois indiscipliné tactiquement, il a mis de l’ordre dans son rugby. Ses prestations dans l’hémisphère sud renforcent désormais son statut dans la hiérarchie tricolore.
L’ancien entraîneur des trois-quarts tricolores, Laurent Labit, décrit cette transformation.
« Quand Matthieu était plus jeune, il y me avait souvent des situations où il cherchait à forcer le jeu avec une initiative individuelle et ça se retournait contre lui. Ce qui a changé depuis deux ans, c’est qu’il a mis de l’ordre dans son rugby. Jouer des matchs de phase finale en Top 14 et en Coupe d’Europe lui a aussi permis de comprendre qu’il était surveillé par des défenses très bien organisées. Et que pour les surprendre, il faut arrêter de prendre une initiative à chaque ballon et savoir se faire un peu oublier. Jusqu’à ce que le bon espace s’ouvre enfin… »
En parallèle, Jalibert a travaillé des secteurs plus discrets mais décisifs, comme le jeu au pied d’occupation, les renvois et la précision sur les pénaltouches. Il a aussi renforcé son engagement défensif, longtemps pointé du doigt.
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« Il a beaucoup progressé dans le jeu au pied tactique, notamment sur les coups d’envoi auxquels il n’attachait pas une énorme importance. Même chose sur les pénaltouches, où il tapait parfois avant que les avants aient annoncé la touche. Il a beaucoup bossé sur ces situations arrêtées pour gagner en longueur et en précision. »
Une quadruple menace adoubée par les partenaires
Cette nouvelle version de Jalibert n’a pas éteint sa créativité. En tournée au Japon, Eddie Jones a salué son profil hors norme, parlant d’une quadruple menace capable de s’infiltrer, de faire jouer autour de lui, de trouver le champ profond au pied et de se servir de ses petits jeux au pied pour lui-même.
Le principal intéressé assume cette montée en gamme.
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« Tout n’a pas encore été parfait mais, dans l’envie que j’y ai mis, je sais que j’ai montré une meilleure image. Je sais que je suis énormément attendu là-dessus, on ne me loupe pas, donc je suis content d’avoir répondu positivement. »
Ses partenaires de la ligne d’attaque valident ce nouveau compromis entre instinct et rigueur. Romain Ntamack souligne la facilité des automatismes trouvés avec lui.
« Avec Matthieu, on n’a fait que la mise en place ensemble. C’était assez court mais avec des joueurs comme ça, c’est quand même assez facile de trouver les automatismes, parce qu’on parle à peu près le même rugby. Ce n’est vraiment que du bonheur de jouer avec un joueur comme lui. »
Le centre Fabien Brau-Boirie insiste sur la confiance générée par son ouvreur.
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« Lorsqu’on a un 10 qui a cette vision du jeu et qui aime jouer, c’est toujours mieux. Quand il arrive à alterner avec les avants, les trois-quarts, à faire jouer après lui, c’est un régal pour nous. Ça donne de la confiance d’avoir un joueur comme ça avec soi. À titre personnel, je sais pertinemment qu’avec un tel ouvreur, je vais avoir des occasions, qu’il va me trouver les bons intervalles et nous permettre de jouer dans l’avancée. C’est assez énorme. Parfois, il est imprévisibles mais même quand il prend ce genre d’initiatives, la plupart du temps, il se débrouille très bien tout seul. »
Il ne lui reste plus qu’à gommer quelques péchés de gourmandise dans les zones de marque pour effacer les derniers doutes et s’installer durablement comme option majeure du XV de France.
Pour résumer: face aux All Blacks et durant toute la tournée, Matthieu Jalibert a validé sa mue, combinant créativité, rigueur tactique et impact défensif pour relancer pleinement son statut chez les Bleus.

