Le duel entre le XV de France et les All Blacks en Nouvelle-Zélande suscite une excitation retrouvée. Longtemps, le professionnalisme, les enjeux économiques et les saisons à rallonge ont relégué ces tournées au second plan. Les clubs du Top 14 imposaient leur calendrier, avec dix mois de compétition entre championnat et Coupe d’Europe. Progressivement, la fenêtre dédiée aux vacances et à la préparation s’est réduite, sacrifiant les légendaires tournées d’été dans l’hémisphère sud.
Un XV de France enfin armé pour le voyage
Pour préserver les cadres, la Fédération avait accepté d’envoyer un XV de France amoindri au bout du monde. Les meilleurs Bleus restaient au repos pour reconstruire leur physique et leur VMA. Les résultats s’en sont ressentis, puisque la France ne s’est plus imposée en Nouvelle-Zélande depuis 2009. Ces confrontations face aux All Blacks étaient devenues des devoirs de vacances, souvent pénibles et bâclés.
Les sélectionneurs emmenaient quelques anciens à récompenser et beaucoup de jeunes en quête d’expérience. Quelques exploits ont émergé, mais les lourdes défaites ont dominé. Après la désillusion du quart de finale de la Coupe du monde 2023, Fabien Galthié a revu sa copie. Il a estimé que les Bleus premium perdaient une expérience décisive en n’affrontant pas régulièrement les cadors du Sud chez eux.
La création du Championnat des nations change la donne pour le XV de France. Les six meilleures équipes du Nord et du Sud s’affrontent désormais en juillet et en novembre. Un classement par zone débouche sur un week-end de finales à Twickenham, avec un titre officiel de meilleure nation de l’année. Ce nouveau cadre renforce l’enjeu des chocs face aux All Blacks.
À lire aussi | Cédric Laborde : « C’était un peu les montagnes russes »
All Blacks: un respect total pour les Bleus
Dans ce contexte, Fabien Galthié, soutenu par la FFR, a négocié avec les clubs du Top 14. Objectif: pouvoir sélectionner les meilleurs joueurs français, tout en respectant une jauge de 2000 minutes jouées. Les finalistes du championnat sont exemptés du premier match pour récupérer. Ainsi, les trois Montpelliérains et les six Toulousains appelés ne défieront pas les All Blacks lors de cette première affiche.
Le XV de France alignera néanmoins une équipe compétitive, portée par huit champions d’Europe de l’UBB. Des joueurs comme Jalibert, Lucu ou Penaud seront titulaires, entourés notamment de Palois et de Rochelais. Pour beaucoup, ce voyage en Nouvelle-Zélande sera une découverte. Le centre bordelais Yoram Moefana résume l’état d’esprit collectif dans une formule enthousiaste.
« Se mesurer aux Blacks chez eux, c’est une chance incroyable, résume ainsi le centre bordelais Yoram Moefana. Tout le monde a hâte car on n’est pas si nombreux à l’avoir vécu. »
Plusieurs cadres, dont Jalibert, Ntamack, Lucu ou encore Dupont, avaient exprimé leur volonté de participer à cette tournée. Ils voulaient prendre des repères avant la Coupe du monde en Australie. Mais Antoine Dupont, touché au mollet en finale du Top 14, a dû renoncer le cœur lourd.
En face, le capitaine des All Blacks Ardie Savea mesure pleinement le défi. Il insiste sur l’importance de la préparation et sur la puissance du pack français. Selon lui, les avants tricolores sont puissants et savent jouer, tandis que les arrières peuvent attaquer de n’importe où. Il rejette l’idée d’une équipe de France B et souligne la profondeur du championnat français.
À lire aussi | Championnat des Nations : Fabien Galthié se montre ambitieux après la victoire contre le Japon
« Une équipe B ? c’est n’importe quoi ! Les Français sont les Français. Et regardez la profondeur de leur Championnat, ils ont des joueurs de classe mondiale, du premier au centième de leurs meilleurs joueurs. »
Savea rappelle aussi l’expérience de la charnière bordelaise et la qualité de la troisième ligne avec Oscar Jegou. Il explique que le nouveau staff des All Blacks veut une équipe jouant avec optimisme, brutalité et un effort constant. Il décrit son rôle de capitaine comme un service rendu à ses coéquipiers, au staff et au pays.
Un choc de haut niveau dans le nouveau cadre mondial
Ce France – All Blacks s’inscrit donc dans une dynamique différente des anciennes tournées. Le Championnat des nations offre un véritable enjeu, avec un titre de meilleure nation de l’année en ligne de mire. Les Bleus arrivent avec une équipe ambitieuse, malgré l’absence de certains finalistes et de Dupont.
Les All Blacks, eux, abordent ce rendez-vous avec un nouveau staff et un ouvreur, Ruben Love, que Savea décrit comme spécial. Le capitaine néo-zélandais insiste sur la confiance accordée à ces joueurs, déjà performants en Super Rugby. Il les encourage à rester eux-mêmes, malgré le niveau supérieur des tests internationaux.
Au-delà du terrain, Ardie Savea évoque sa gratitude quotidienne et son parcours jusqu’au capitanat. Il insiste sur la portée sociale du rôle de capitaine des All Blacks, fondé sur le service et l’exemplarité. Il adresse enfin un message aux jeunes issus de milieux modestes, les invitant à croire en eux et à briser les plafonds.
À lire aussi | Nations Championship : la France s’impose avec autorité face au Japon à Tokyo
Pour résumer: ce France – All Blacks en Championnat des nations marque un tournant. Les Bleus présentent enfin une équipe compétitive, face à des Néo-Zélandais respectueux et déterminés.

