Arrières en lumière et statuts fragilisés
Chez les trois-quarts, le XV de France a vu émerger un homme fort : Nicolas Depoortere. Titularisé lors des deux dernières rencontres de la tournée, le Bordelais s’est montré explosif et percutant, avec deux essais magnifiques contre l’Australie qui ont pesé lourd dans la balance. Arrivé « sur la pointe des pieds » à un poste où la concurrence reste féroce, il prend désormais ses marques dans une ligne d’attaque où le staff aimerait le voir évoluer aux côtés de Yoram Moefana ou Pierre-Louis Barassi. De plus, dans le même registre, Kalvin Gourgues a marqué les esprits lors de son entrée en jeu contre l’Australie, au point de « mettre tout le monde d’accord » selon l’analyse de la tournée, même si la décision finale reviendra à Fabien Galthié et à Patrick Arlettaz, en charge de l’attaque tricolore.
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Parmi les « stables », Thomas Ramos confirme son statut de référence à l’arrière. Buteur fiable et animateur du jeu, il reste « intouchable » à son poste. Rare attaquant tricolore à trouver des espaces contre les Springboks malgré quelques erreurs, il a quasiment toujours trouvé la cible au pied sur l’ensemble de la tournée. Il a ainsi redonné de l’énergie à une animation offensive parfois poussive. À ses côtés, Louis Bielle-Biarrey a connu un automne contrasté, timide face aux Springboks puis aux Fidji, avant de se relancer face à l’Australie avec un doublé et deux passes décisives pour Depoortere, « mordant dans les chairs australiennes » ce soir-là. La tournée a en revanche mis en difficulté certains cadres.
Gaël Fickou, capitaine en Nouvelle-Zélande l’été dernier et encore face aux Springboks, a été rappelé sur le banc lors des deux rencontres qu’il a disputées, perdant son brassard. Cette situation deviendrait anecdotique si ses remplaçants n’avaient pas autant brillé. Depoortere puis Gourgues ont clairement « tapé très fort à la porte », en attendant le retour de Moefana. Damian Penaud, malgré le record d’essais de Serge Blanco battu face aux Boks, n’a pas totalement rassuré, son placement et sa défense restant pointés du doigt. Par ailleurs, Nolann Le Garrec, titulaire contre l’Afrique du Sud, a vu sa situation se compliquer, doublé sur le banc par Baptiste Jauneau. Le centre palois Emilien Gailleton, peu aidé par le contexte, a souffert de la comparaison avec Depoortere et Gourgues lors de son entrée face aux Fidji.
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XV de France : entre confirmations devant et gestion des blessures
Devant, le carnet de notes du XV de France met en avant quelques tendances fortes, mais aussi un coup dur sur blessure. Le pilier gauche de Montpellier, Erdocio, a connu une tournée très compliquée. Après des débuts internationaux cet été face aux All Blacks, il a été rappelé en début de séquence automnale. Aligné contre l’Afrique du Sud, référence mondiale dans le jeu d’avants, il s’est retrouvé en difficulté. Touché au genou, il n’a pas pu enchaîner et a dû quitter la scène prématurément. Cette absence constitue une vraie perte dans la rotation à gauche de la mêlée. Cependant, cette blessure a ouvert la porte à d’autres profils. Habitué de la maison bleue, le Toulonnais Gros a d’abord débuté sur le banc face aux Springboks, avant de finir la tournée comme titulaire. Solide sur les fondamentaux et très actif en défense, il s’impose comme une valeur sûre, avec des prestations régulières contre l’Afrique du Sud, les Fidji et l’Australie.
Dans son sillage, Neti a été convoqué après la blessure d’Erdocio. Le pilier toulousain a endossé le rôle de finisseur à gauche de la mêlée lors des deux derniers tests. Ses entrées en jeu ont permis d’assurer les victoires en fin de match face aux Fidjiens et aux Australiens, ce qui renforce son crédit dans la rotation.
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Au centre, Pierre-Louis Barassi a également marqué des points. Costaud dans les collisions contre les Springboks, très intéressant la semaine suivante face aux Fidji, il a seulement été freiné par une commotion qui l’a contraint à sortir prématurément et à renoncer au match contre l’Australie. Malgré ce coup d’arrêt, l’analyse de la tournée souligne qu’il « a bien les épaules pour le rugby d’en haut ». Romain Ntamack, lui, a vécu un automne qualifié de « feuilleton ». Timide contre les Springboks et les Fidji, il s’est comporté en champion face à l’Australie, solide en défense et intéressant dans l’animation. Il a ainsi fait taire une grande partie des critiques qui entouraient son mois de novembre. À ses côtés, Maxime Lucu, de retour de blessure, n’a pas retrouvé le niveau exceptionnel de sa fin de saison dernière. Néanmoins, le contexte atténue les reproches et l’analyse ne le charge pas outre mesure.
Hiérarchie en mouvement et perspectives
Au terme de cette tournée, le XV de France se retrouve avec une hiérarchie bousculée, mais aussi enrichie. Les performances de Depoortere, Gourgues, Barassi ou encore Gros et Neti montrent que la concurrence s’intensifie à plusieurs postes clés. Dans le même temps, les difficultés de cadres comme Fickou, Penaud ou Le Garrec rappellent que rien n’est jamais acquis au plus haut niveau, surtout lorsque de jeunes joueurs profitent pleinement de leurs opportunités. Par conséquent, la gestion des blessures, à l’image de celle d’Erdocio, pèse aussi dans les choix et oblige le staff à tester des solutions nouvelles, parfois avec succès.
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Pour résumer : cette tournée d’automne laisse un XV de France en reconstruction partielle, où certains gagnent des points quand d’autres en perdent, sur fond de blessure au genou pour Erdocio et de concurrence accrue à tous les étages. Ainsi, le mot d’ordre pour la suite restera la capacité à confirmer ces tendances dans la durée, afin de stabiliser une ossature compétitive tout en maintenant la pression interne sur chaque poste. Cette XV de France tournée automnale servira donc de référence pour les prochains rassemblements.

